Vision intérieure du
café résistant
"Je me considère comme
un résistant en temps de paix",
assène le patron du café 203, à Lyon, qui a
décidé de s'opposer à la loi anti-tabac par
une performance originale : laisser ses clients fumer pour
alimenter un "acte de délinquance (...)
artistique".
Contrairement à tous
les zincs des cafés et autres brasseries de France, les
planches en bois rouge de ce café branché, dont
s'échappent encore d'épaisses volutes de
fumée, ont conservé leurs cendriers.
Malgré le risque encouru par la
direction d'une amende de 750 euros pour cause d'incitation
à l'infraction, ils restent en effet disposés partout
dans l'établissement, et à l'intérieur des
petits objets de verre, le patron, Christophe Cedat, 41 ans, a
disposé un petit mot :
"Fumeurs, vous participez à un acte de
délinquance qui peut aussi être
considéré comme une oeuvre artistique. Vous laissez
l'empreinte de votre dépendance au tabac, qui sera
fixée à jamais".
En clair, les mégots
laissés dans le cendrier sont photographiés par M.
Cedat dans leur disposition originelle, pour créer une
"image d'art" qu'il expose sur plusieurs supports : sets de tables,
fonds de cendriers, tableaux à tendance et aux couleurs
pop-art.
"J'ai
déjà photographié plus de 7000 cendriers de
clients et fait faire plus de 800 nouveaux cendriers, dont le fond
est l'une de ces images", s'enorgueillit Christophe
Cedat.
Par "devoir de résistance" et
pour financer "le dernier espace de liberté en
France", le cafetier a imaginé un
stratagème : les amendes qui lui seront immanquablement
infligées par les services préfectoraux seront
financées par la vente des cendriers à 20 euros
pièce, et 200 euros pour ceux qui auront été
l'objet d'une infraction.
En ce début janvier,
généralement calme, la gargote est bondée.
"On est venus dès qu'on a su
qu'on pouvait toujours fumer", confesse
Nicolas, 18 ans, du lycée Ampère tout
proche.
Très enthousiaste, il
salue l'initiative du bistrot qu'il appelle son "QG".
"On a
été trop surpris qu'ils osent, ça nous a fait
plaisir. Et moi, de toute façon, je vais continuer de fumer
car un café, une clope, ça fait un siècle que
ça dure", commente-t-il.
A la table d'à
côté, l'engouement est le même :
"J'étais en pyjama quand mon ami Thomas
m'a appelée en me disant "il faut y aller!". Je me suis
habillée et suis sortie illico pour l'occasion",
confie en riant Anne-Laure, jolie étudiante de 21
ans.
Très remontée,
Michèle, 43 ans, enseignante, participe elle aussi à
l'opération: "Je fume très peu,
mais rien que de savoir que c'est interdit, je vais fumer de plus
en plus", affirme-t-elle, avant d'ajouter:
"ici c'est la résistance physique,
j'adore".
Et quand on agite
le risque de fermeture, M. Cebat a une réponse toute
prète
:
"Ce ne sera pas une fermeture, ce sera de la
censure!"